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Covid-19-Tunisie : Les raisons d'une gestion calamiteuse par trois gouvernement successifs
19 Juillet 2021
La gestion de la crise sanitaire induite par le virus du Covid-19 en Tunisie a surtout pâti des tiraillements politiques qui ont paralysé le pays et continuent de le faire, provoquant une détestable impression d’instabilité chronique. En deux ans, cinq ministres se sont succédé dans des conditions très difficiles à la tête du ministère de la Santé, de plus en plus décrié, dont trois depuis le déclenchement de la pandémie en Tunisie, il y a dix sept mois. Le résultat est la catastrophe sanitaire que nous observons depuis quelques semaines. Retour sur les dysfonctionnements d’un secteur sanitaire à la dérive…
Par Raouf Chatty *
Avec l’apparition du virus de la Covid-19 début mars 2020 en Tunisie, des personnalités des sciences médicales et des professionnels de l’administration sanitaire et sociale avaient averti les pouvoirs publics sur la gravité du phénomène, l’ampleur qu’il pouvait prendre et les dangers sérieux qu’il recèle mettant en particulier l’accent sur les grandes défaillances du secteur hospitalier public dans le pays.
Tous les experts ont insisté sur le fait que le combat contre la pandémie sera long, dur et coûteux et invité instamment les autorités à s’atteler très vite à la tâche. Ressentant que la pandémie allait désormais changer en profondeur beaucoup de paramètres dans tous les domaines, ils sont allés jusqu’à affirmer que les choses doivent être dorénavant adaptées au Covid-19 qui allait tout chambouler de fond en comble et dans tous les pays : les rapports de l’homme à lui-même, au temps, à la santé, au travail, aux études, à l’argent, au transport, aux loisirs, bref à tous aspects de la vie sociétale et économique.
La transition sanitaire, économique et sociale a été mal préparée
Soutenant que la pandémie va impacter tous les secteurs de la vie publique, ils ont insisté sur l’urgence de cerner, en premier lieu, le phénomène dans sa totalité pour le combattre, et en limiter au maximum les dégâts aux plans sanitaire, économique, social, psychique et culturel. Et en second lieu, pour se préparer à mettre en place à court, moyen et long termes les politiques publiques appropriées dans tous les domaines devant permettre à l’économie nationale de s’adapter aux nouvelles ruptures induites par la pandémie et pour préparer la transition sanitaire, économique et sociale.
Ces personnalités ont également mis l’accent sur l’urgence pour les pouvoirs publics de mettre en place un commandement unifié sous l’autorité directe du président de la république, la question relevant de la sécurité nationale, ou du chef de gouvernement, et d’asseoir une coordination étroite et permanente entre tous les intervenants aux plans national et international pour anticiper les évolutions, au regard de l’avancée rapide de la pandémie et de ses conséquences sur la société.
Aujourd’hui, avec plus de 17.000 morts enregistrés en Tunisie, le bilan est dramatique. Le pays devient au centre des préoccupations sanitaires internationales. La responsabilité n’en incombe pas uniquement au gouvernement Mechichi. Les deux autres gouvernements qui l’ont précédé, et en particulier celui d’Elyes Fakhfakh. ne pourront pas s’y dérober. Les carottes étaient cuites dès le départ Dès le départ, le dossier Covid-19 a été géré sans vision ni stratégie par ces deux gouvernements qui n’ont pas pris réellement la mesure du danger. Après la démission du Pr Abderrouf Cherif de son poste de ministre de la Santé dans le gouvernement Youssef Chahed, le ministère a été confié au Dr Sonia Becheikh qui le cumulait avec celui de ministre de la Jeunesse et des Sports!
En pleine préparation du combat contre le Covid-19 où elle n’avait pas démérité, elle a été remplacée par le Dr Abdellatif Mekki dans le gouvernement de Fakhfakh sur l’insistance du parti islamiste Ennahdha au mépris tout bon sens et de l’intérêt collectif, qui imposait un minimum de continuité. Quant au gouvernement de Mechichi, qui a pris le train en route et parant au plus pressé, il n’avait pas, lui non plus, pensé, depuis son installation il y a mois près de dix mois à établir une stratégie appropriée et avait continué à agir selon la même méthode, c’est-à-dire en l’absence totale de méthode, travaillant toujours sous la pression des événements et sans aucune anticipation.
Dépassé, harcelé quotidiennement par les mouvements sociaux et pressé par les incessantes demandes du parti islamiste Ennahdha, son principal soutien politique avec Qalb Tounes et Al-Karama, le gouvernement Mechichi n’a pas été en mesure de répondre aux attentes du peuple et aux défis posés par la pandémie. Il a pataugé dans une gestion chaotique aggravée par les dissensions politiques au sommet de l’Etat. Il n’a surtout pas su mettre en place à temps les politiques appropriées pour acquérir les vaccins et accusé beaucoup de retard en la matière.
Les autorités publiques ont tout fait à l’envers
Les autorités, qui savaient que le pays n’avaient pas les ressources financières nécessaires pour commander les vaccins, n’avaient pas engagé à temps des démarches appropriées et soutenues se contentant de promesses d’aides émanant de pays frères et amis et qui ont tardé à se concrétiser. Les autorités ont essayé de rattraper le coup très tardivement, après que la pandémie eut fait des ravages…
L’appel du président français, lancé le 14 juillet courant, où il avait exprimé son soutien à la Tunisie laminée par la pandémie, tout comme le cri d’alarme lancé par la Pr de médecine préventive Insaf Ben Alaya et relayé par les grandes chaînes de télévision sur l’effondrement du système hospitalier en Tunisie avaient remué la conscience universelle et incité plusieurs pays à venir au secours de la Tunisie en détresse.
La gestion de ce dossier a surtout pâti grandement des tiraillements politiques qui ont paralysé le pays et continuent de le faire, provoquant une détestable impression d’instabilité chronique. En deux ans, cinq ministres se sont succédé dans des conditions très difficiles à la tête du ministère de la Santé, de plus en plus décrié, dont trois depuis le déclenchement de la pandémie en Tunisie, il y a dix sept mois.
Le dossier a connu des hauts et des bas évoluant de façon très mitigée au gré des circonstances politiques et sanitaires dans le pays, des conflits au sommet de l’Etat entre la présidence de la république, d’une part, et les présidences du parlement et du gouvernement d’autre part, sur fond de compétition effrénée pour s’en approprier la gestion, et ce au mépris de toute rationalité et de tout souci de l’intérêt général. Plusieurs fois, le public était surpris de voir le gouvernement revenir le jour même sur certaines de ses décisions concernant les conditions et l’étendue du confinement… face à la pression des lobbies d’intérêts et d’une rue de plus en plus rebelle à l’autorité.
Absence de vision, manque de concertation et conflits de prérogatives
Avec le temps, le Comité scientifique, dont la présidence et la composition étaient sujettes à des considérations autres que scientifiques, avait laissé transparaître en son sein des dissensions parfois relayées par les médias, dont certains se sont transformés en spécialistes des questions sanitaires, tirant à boulets rouges sur le gouvernement, lui reprochant sa gestion chaotique du dossier. Le Comité ne comprenait bizarrement aucun représentant du ministère des Affaires étrangères, alors que le dossier est au top des priorités de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Genève et même des Nations unies à New York.
Pris par la gestion quotidienne du dossier, le gouvernement n’avait même pas pensé à mettre en place une équipe ad hoc pour consigner tous les faits et actes enregistrés dans le cadre de cette pandémie qui va déterminer l’élaboration de beaucoup de politiques publiques dans plusieurs domaines dans l’avenir! La gestion médiocre du dossier à l’échelle centrale a impacté sa gestion aux niveaux régional et local. Les autorités régionales et municipales se réclamant de l’exercice de leurs nouvelles compétences légales n’étaient pas non plus préparées pour faire face à la pandémie qui avait gagné en ampleur. La situation s’était compliquée par leurs rapports parfois tendues avec les autorités sanitaires régionales, les deux ne savant plus où donner de la tête…
Une classe politique d’une incompétente notoire
En somme, c’est une conjugaison de plusieurs facteurs qui explique pourquoi la Tunisie en était parvenue à cette situation sanitaire dramatique. Le dossier de la santé publique a souffert des négligences manifestes depuis plusieurs années. Il avait été relégué au second plan par les gouvernements successifs au profit du secteur privé et des intérêts des corporations au motif que l’Etat n’a plus suffisamment de moyens pour le réhabiliter. Il ne faut pas non plus oublier la gestion calamiteuse des affaires publiques depuis une décennie par une classe politique qui a «brillé» par son incompétente notoire et son incapacité manifeste à répondre aux attentes légitimes du peuple.
Les conséquences s’en font déjà ressentir au quotidien par des masses populaires de plus en plus rebelles et qui prennent le gouvernement pour cible de leurs critiques acerbes, ce qui laisse entrevoir  des poussées de fièvre sociales incontrôlables à court terme risquant de tout bouleverser dans le pays, le bilan du Covid pouvant s’alourdir dans les prochains mois en attendant la concrétisation des promesses de livraison de vaccins par plusieurs donateurs. Et c’est bien là une raison de plus pour les pouvoirs publics pour se raviser même si tout porte à croire que le coup est parti et que le mal est déjà fait.
* Ancien ambassadeur.
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