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Tunisie : des étudiants candidats au... chômage !
17 Septembre 2021
La situation de l’enseignement supérieur en Tunisie mérite une réflexion approfondie de la part des pouvoirs publics et de la société civile. Cette rentrée universitaire 2021-2022 nous offre une nouvelle occasion pour poser le problème, ancien, structurel et jamais vraiment résolu, de l’inadéquation de la formation universitaire avec un marché de l’emploi velléitaire et amorphe.
Par Raouf Chatty *
Les universités et les écoles supérieures reçoivent, en effet, chaque année des dizaines de milliers de nouveaux étudiants et ils déversent également tous les ans des dizaines de milliers de jeunes dans la rue, diplômés ou sans diplôme, pour la plupart candidats au chômage  longue durée. C’est bien malheureux de le dire. Mais c’est bien la réalité dont beaucoup de citoyens semblent s’accommoder comme d’une fatalité.
Des cursus de formation inadaptés aux besoins du marché du travail
Nous avons aujourd’hui le malheureux exemple des milliers de titulaires de doctorat qui sont chômeurs depuis plusieurs années et qui manifestent régulièrement pour faire valoir leur droit à un emploi adapté à leurs compétences présumées. Bien qu’ils soient à plaindre, ainsi que leurs parents qui ont fait beaucoup de sacrifices pour leur permettre d’obtenir un aussi haut diplôme, ces derniers n’en sont pas moins, en partie, responsables de leur triste situation pour avoir suivi – s’ils ne les ont pas choisies eux-mêmes – des branches d’études dont la faible employabilité est de notoriété publique… Des recruteurs qui les ont approchés déplorent souvent leurs niveaux qui laissent à désirer : faible maîtrise des langues étrangères, des techniques de rédaction et de communication, des relations publiques et du marketing, qualités souvent exigées notamment par les entreprises privées.
En réalité, loin de former de futurs cadres compétents et opérationnels, nos universités sont devenues des institutions coûteuses qui dispensent des savoirs souvent dépassés, donc inutiles, et des sortes de «fabriques» de chômeurs, contribuant à gonfler le nombre des demandeurs d’emploi et à aggraver les problèmes d’un pays en crise, dont l’économie stagne dangereusement et ne crée plus vraiment de la valeur.
Éviter aux jeunes diplômés le spectre de l’absence de perspectives
La crise de l’enseignement supérieur est donc devenue endémique, et ce depuis une trentaine d’années, et doit être examinée de manière franche, objective, sereine et responsable. La réalité est criarde de médiocrité pour nous permettre encore de nous gargariser de mots ou de nous bercer d’illusions pour nous donner bonne conscience aux dépens de nos… enfants. Il est donc urgent pour les pouvoirs publics, les universitaires, les économistes, les sociologues, les psychologues, les chefs d’entreprises et les acteurs de la société civile d’agir pour redresser la situation dans nos universités et nos écoles supérieures de manière à mettre les cursus de formation au diapason des besoins exprimés de l’économie réelle et d’éviter ainsi aux jeunes diplômés le spectre d’un avenir bloqué par l’absence de perspectives. Car à quoi servirait-il de continuer à bercer nos enfants d’illusions en leur faisant perdre de nombreuses années d’études qui les mènent directement au chômage ?
Le problème doit être étudié dans sa globalité et en tenant compte de toutes ses facettes pour que les solutions préconisées soient réalistes, pragmatiques et responsables, quitte à sortir des sentiers battus.
Il est temps pour l’État de mettre fin à la fuite en avant
Pour l’État, il ne sert à rien de continuer à dépenser des centaines de millions de dinars chaque année pour des enseignements à très faible employabilité, qui ne fournissent aux étudiants que très peu de ressources pour leur permettre d’affronter avec succès le marché de l’emploi, et qui, au final, les destinent au chômage de longue durée.
Il fait partie des responsabilités de l’État de mettre fin à cette fuite en avant, même si pour cela, il devra prendre des décisions douloureuses car impopulaires et qui pourraient toucher à certains intérêts corporatistes ou à des rentes de situation. C’est à lui d’agir avec courage et responsabilité pour trouver des solutions appropriées et responsables aux tares qui hypothèquent l’avenir de nos jeunes. Il peut en appeler à la contribution active et volontaristes de toutes les autres parties concernées (parents, enseignants, partis politiques, société civile…), mais il doit être le premier à assumer la responsabilité et à montrer la voie.
Cela dit, nos partenaires internationaux, notamment européens, qui nous ont devancés dans la voie de la réforme de l’enseignement supérieur et ont trouvé et expérimenté des solutions viables, pourraient nous aider dans ce domaine de manière efficace. À nous de bien identifier les problèmes et de savoir leur faire en part : plus nos demandes seront clairement exprimées plus nos sollicitations pourront obtenir leur soutien actif. 
Ancien diplomate.
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