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Birmanie : les atours civils d’une junte impuissante

La tentative du général Min Aung Hlaing, auteur du coup d’Etat militaire du 1er février en Birmanie, de parer son régime d’atours civils ne trompe personne. Isolé diplomatiquement, le pays s’enfonce dans la crise politique, économique et sanitaire.

Publié le 03 août 2021 à 11h17, modifié le 03 août 2021 à 14h41 Temps de Lecture 2 min.

Editorial du « Monde ». En s’autoproclamant « premier ministre » d’un « gouvernement provisoire » six mois après le coup d’Etat dont il est l’auteur, le général dictateur birman Min Aung Hlaing a recours aux vieilles méthodes des régimes militaires en manque de légitimité : il tente de se parer des atours d’un dirigeant civil. Dimanche 1er août, c’est en costume de ville, et non pas dans l’uniforme vert d’officier de la Tatmadaw – les forces armées du « Myanmar » – qu’il a prononcé son discours.

L’idée de diriger ce nouveau « gouvernement provisoire » trahit un certain manque d’imagination chez ce tyran qui se pique de connaître le droit mais fut naguère, avant de grimper les échelons au plus haut niveau, un médiocre étudiant de l’académie militaire. Les habits neufs du général ne tromperont personne : c’est bien d’un régime militaire qu’il s’agit, et le « premier ministre » est d’abord et avant tout le chef de l’armée.

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La promesse d’organiser des « élections d’ici à août 2023 » ne convaincra pas davantage. Non seulement le général Min repousse de six mois le calendrier électoral promis lors du putsch, qui annonçait un scrutin deux ans plus tard, mais on voit mal comment des élections sous régime militaire, et très certainement sans la participation de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), le parti de l’ex-dirigeante Aung San Suu Kyi, aujourd’hui à nouveau assignée à résidence, pourraient prétendre à la moindre légitimité.

Régime conspué

La légitimité, c’est donc bien le problème du général Min. Tant à l’intérieur qu’a l’extérieur. Chez lui, en Birmanie, il a réussi à faire monter la cote de haine de l’armée à des niveaux jamais atteints par le passé – même dans un pays qui a connu, depuis son indépendance, en 1948, des régimes militaires à répétition et, de 1962 à 2010, en continu.

A l’extérieur, son régime est conspué, surtout dans les pays occidentaux, et le président américain, Joe Biden, devrait bientôt réutiliser l’arme des sanctions économiques. Il le fera probablement avec plus de retenue que ses prédécesseurs, pour éviter de pousser le régime birman un peu plus vers la Chine. Mais même celle-ci, qui entretenait des relations cordiales avec Mme Suu Kyi, a fait grise mine lors du coup d’Etat. Le président Xi Jinping fait certes désormais preuve de pragmatisme et sait qu’il va bien falloir s’accommoder, pour des raisons économiques et stratégiques, de ces juntes militaires birmanes dont Pékin s’est toujours méfié – et réciproquement. Seule la Russie, grande pourvoyeuse d’armes à la Birmanie, a de facto reconnu le nouveau régime en dépêchant son ministre de la défense en mars dans la capitale, Naypyidaw.

Le « gouvernement » du général Min Aung Hlaing paraît donc bien isolé sur la scène internationale. Les gesticulations diplomatiques en cours de l’Asean, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, qui a de nouveau montré ces derniers mois son impuissance sur le sujet birman, bien qu’il s’agisse de l’un de ses Etats membres, ont peu de chance de changer la donne : un pays enfoncé dans la crise économique et sanitaire, où 250 000 personnes ont été déplacées après la reprise des combats entre guérillas ethniques et forces armées birmanes depuis plusieurs mois, et où le Covid-19 sévit durement, avec un taux de contamination exponentiel. Min Aung Hlaing est impuissant à cacher son impuissance à gérer une situation chaque jour plus dégradée. Le dictateur en chef est en civil, mais le roi est nu.

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