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MARIA TURCHENKOVA POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »
Génération Navalny : être jeune et rebelle en Sibérie sous Poutine
Par Benoît Vitkine
Publié le 07 mai 2021 à 01h51 - Mis à jour le 07 mai 2021 à 19h39
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REPORTAGEPour avoir collé des affiches antisystème, Nikita, 15 ans, a été incarcéré pendant près d’un an pour « terrorisme » dans sa ville de Kansk, en Sibérie. Dans la Russie autoritaire de Vladimir Poutine, il ne fait pas bon contester le régime, qu’on s’appelle Alexeï Navalny ou que l’on soit un simple adolescent frondeur.
Partout des cœurs. Dans son cahier d’écolier, Nikita a écrit : « Pouchkine est un génie », et, à côté, il a dessiné un cœur. D’autres encore, sur les lettres que l’adolescent envoie à sa mère, depuis la prison : « Tu me manques, je t’aime. » Une année sépare les déclarations d’amour au poète russe et les lettres de prisonnier. Nikita est entré dans la prison de Kansk, en Sibérie, à 14 ans, accusé de terrorisme.
Les cahiers contenaient d’autres indices. Des dessins, encore, des « A » tracés au feutre, cerclés à la manière des anarchistes. Des réflexions aussi. L’écolier s’interroge sur « les conventions sociales inventées par les bourgeois pour se distinguer des va-nu-pieds ». Il veut s’échapper, « loin du bruit des pétards, des grands-mères qui jurent contre les chiens, des insultes des passants ».
Une « attitude hostile » vis-à-vis du pouvoir
Plus tard, les enquêteurs ont creusé encore. Ils ont demandé à son école un rapport sur l’adolescent. Nikita Ouvarov « perçoit l’école comme un environnement hostile, réagit mal aux mesures éducatives, refuse de suivre les règles et les normes établies par la société », est-il écrit. Banale description des tourments d’un adolescent ? Le document a joué un rôle primordial dans la décision de le maintenir en détention provisoire.
Depuis onze mois que son fils est détenu, Anna Ouvarova, 43 ans, n’a pas eu droit au moindre parloir avec lui. Les refus sont systématiques, aucune explication n’est donnée. Elle n’a pu l’apercevoir qu’au tribunal, lors de brèves comparutions.
Des experts ont aussi été convoqués, linguistes et psychologues, pour décortiquer les échanges entre Nikita et ses copains sur les réseaux sociaux. Suspecte, leur admiration pour le chanteur de Nirvana, Kurt Cobain. Suspects, les articles échangés sur des abus commis par le FSB, le service fédéral de sécurité russe. Ils concluent à une « attitude hostile » vis-à-vis du pouvoir.
Nikita et sa mère n’ont que les lettres. Elle les garde religieusement, avec les cahiers d’écolier, dans un placard bien fermé du deux-pièces aux couleurs claires qu’ils partageaient. Depuis onze mois que son fils est détenu, Anna Ouvarova, 43 ans, n’a pas eu droit au moindre parloir avec lui. Les refus sont systématiques, aucune explication n’est donnée. Elle n’a pu l’apercevoir qu’au tribunal, lors de brèves comparutions.
Leur première conversation téléphonique n’a été autorisée qu’en décembre, sept mois après l’incarcération de Nikita. Six mois sans échanger un mot. Entre-temps, Nikita a eu 15 ans, et Anna a vieilli d’autant. Ses yeux sont gonflés de fatigue et de larmes. Même porter des livres à son fils est une gageure, les permissions sont aléatoires. Les Trois Mousquetaires ont été retoqués.
Passibles de la perpétuité
Nikita a été arrêté le 6 juin 2020, avec ses copains Bogdan et Denis, 14 ans eux aussi. La veille, de nuit, tous les trois avaient collé des affiches dans le centre de leur ville : « Liberté pour les prisonniers politiques », réclamaient-elles. Ou encore, collé sur le siège du FSB et de la police, cette accusation : « Vous engraissez, nous mendions. » A Kansk, ville désindustrialisée aux confins de la Sibérie, un tel événement aurait déjà pu passer pour exceptionnel : la première et dernière action de l’éphémère « Association libre de Kansk-Révolte anarcho-communiste », comme les adolescents se baptisaient sur les réseaux sociaux.
Dans la ville de Kansk, en Sibérie, Anna Ouvarova montre une photo de son fils Nikita, 15 ans, accusé de terrorisme. Maria Turchenvova pour M Le magazine du Monde
Mais l’affaire n’en est pas restée là. Au fil des semaines d’enquête, elle n’a cessé de prendre de l’ampleur. Les trois adolescents sont aujourd’hui accusés de s’être « préparés à commettre des actions terroristes », et d’avoir fabriqué des engins explosifs. Leur histoire raconte autant l’arbitraire des décisions du service de sécurité que les rêves d’évasion d’adolescents condamnés à vivre dans une ville au ciel bouché.
Dès les premières heures de garde à vue, Bogdan et Denis ont tout avoué, tout signé. Jusqu’à un document où les deux demandent expressément que leur ami d’enfance soit placé en détention, car ils « craignent pour leur vie ». Bogdan est depuis assigné à domicile. Denis a eu droit au même traitement avant d’être envoyé à son tour en prison, pour avoir consulté Internet de chez lui. Nikita, lui, a refusé d’avouer. Tête dure, il refuse toujours. Pour Anna comme pour son avocat, Vladimir Vasin, c’est cette attitude intransigeante qui explique les mesures punitives dont il fait l’objet depuis : parloirs refusés, coups de téléphone au compte-gouttes.
Maxime, 14 ans, le cousin de Nikita Ouvarov, accusé de terrorisme, à Kansk, en Sibérie. MARIA TURCHENKOVA POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »
Dans une des lettres envoyées à sa mère, l’adolescent dit qu’il n’en veut pas à Bogdan et à Denis : ils avaient peur, pressés par les interrogatoires nocturnes sans fin. Il n’en a qu’après « la petitesse et la lâcheté » des agents du FSB. Anna Ouvarova, de son côté, a partagé avec les deux autres mères les dons que des anonymes lui ont envoyés, quand l’histoire des anarchistes de Kansk est apparue dans la presse russe. Celles-ci s’en tiennent à la stratégie prudente de leurs fils, préférant ne pas s’exprimer.
Dans la ville de Kansk, en Sibérie. MARIA TURCHENKOVA POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »
La principale différence entre les trois adolescents devrait apparaître lors du procès, dont la date n’a pas encore été fixée. Les charges qui pèsent sur eux sont identiques – passibles de la perpétuité – mais il est probable que Nikita reçoive la condamnation la plus lourde. À en croire les hommes du FSB, c’est lui le chef du « groupe criminel », lui qui a « formé » ses camarades et les a entraînés sur la voie du terrorisme.
Un dossier vide jusqu’à l’absurde
Les enquêteurs font preuve d’un acharnement singulier. En février, ils ont encore convoqué la moitié de sa classe pour tenter de déterminer si Nikita était l’auteur d’une inscription retrouvée sur un pupitre : « Poutine voleur ». Un chiffre circule dans la ville : huit ans, puisqu’il fait la forte tête. Anna se fait une raison. En Russie, seuls 0,2 % des procès se soldent par un acquittement. Elle espère qu’il ne sera pas envoyé trop loin, qu’il sera bien traité. Et elle pleure.
Le trio formait une fine équipe. Nikita, le plus structuré idéologiquement, est un lecteur passionné de l’anarchiste Kropotkine ; Bogdan, un génie de la chimie. Autant que leurs révoltes partagées par SMS et leurs discussions interminables sur la politique, ce sont leurs virées dans les immeubles abandonnés de Kansk qui les accablent. À plusieurs reprises, ils ont lancé des cocktails Molotov sur des murs de brique. Dans les champs autour de la ville, ils ont aussi fait exploser des bombes artisanales, confectionnées dans le garage abandonné qui leur servait de QG. Certains de ces exploits ont été immortalisés en vidéo : les trois rient comme des baleines, parfois aussi avec les copines qui les accompagnent.
Dans l’abondante correspondance échangée entre eux, que « Le Monde » a pu consulter, les trois amis évoquent bien l’idée de « faire sauter » l’un de ces bâtiments, mais… dans le jeu vidéo « Minecraft ».
Depuis le début de l’affaire, la position de Nikita n’a pas changé. Il reconnaît des expérimentations et la manipulation de produits explosifs, mais dément toute idée d’attentat. Le dossier paraît vide jusqu’à l’absurde. Dans l’acte d’accusation, les enquêteurs assurent qu’un attentat devait avoir lieu « avant le 31 août 2020 ». Mais ils sont incapables de décrire le moindre projet, évoquant seulement « l’attention particulière » portée par les anarchistes aux bâtiments de la police et du FSB.
Dans l’abondante correspondance échangée entre eux, que Le Monde a pu consulter, les trois amis évoquent bien l’idée de « faire sauter » l’un de ces bâtiments, mais… dans Minecraft, un jeu vidéo dans lequel le joueur peut modéliser des villes entières. Le seul exemple concret que les enquêteurs notent : « Casser la vitre arrière de la voiture d’un agent. » Une discussion où il est question de « jeter une grenade dans le bania [sauna] de Poutine » est également archivée. Pour le reste, l’accusation repose sur les aveux de Bogdan et de Denis.
Des graffitis dans l’immeuble abandonné où Nikita Ouvarov et ses amis ont jeté des cocktails Molotov, à Kansk, en Sibérie. MARIA TURCHENKOVA POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »
Signe de leur amateurisme, les trois terroristes discutent encore, une semaine avant leur arrestation, de la mise au point d’une « super-arme » : un canon magnétique ou un canon électrique. L’armée américaine a certes des projets concernant le second, mais les deux canons sont surtout des armes mythiques de jeux vidéo. À la même période, l’apprenti terroriste Nikita Ouvarov écrit : « La voiture d’un rupin est garée devant la gare. Il faudrait peut-être aller lui cracher dessus. » Peut-être.
D’autres faits interrogent. Il y a, par exemple, le petit-fils de l’ancienne maire, arrêté en même temps que les autres et relâché aussitôt, sans poursuites. Il y a surtout le mystérieux « Leonid Letov ». Sous ce nom ou d’autres pseudonymes, ce personnage est omniprésent dans les discussions des anarchistes. C’est même lui le plus radical. Un jour, il propose de mettre des clous dans un engin explosif. « T’es un psychopathe », lui répond Denis. Un autre jour, il titille : « Pourquoi vous ne préparez pas de bombe ? C’est tout ce dont vous êtes capables ? » Nikita répond : « On prépare. » L’aveu sera évidemment une pièce à charge contre lui.
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Le problème, c’est que personne ne sait qui est Leonid Letov, ni s’il existe vraiment. L’avocat Vladimir Vasin attend le procès pour voir s’il se matérialisera, ou si les enquêteurs en feront un témoin secret. Un mot est dans toutes les têtes :« provocateur ». Car dans d’autres affaires, on a vu ces agents du service de sécurité infiltrer des bandes pour jouer les pousse-au-crime.
Usines abandonnées et maisons calcinées
Pour décrire Kansk, est-il suffisant de dire que le centre de détention provisoire numéro 5, là où dort Nikita Ouvarov, est le bâtiment le plus fringant de la ville ? Le reste, ce sont des immeubles lépreux, des maisons de bois branlantes ravagées chaque année par les incendies. Seul l’été fait illusion, quand la végétation envahit tout, dissimule le métal abandonné et les trous dans les trottoirs. En ce début de printemps, la neige gorgée de résidus de charbon finit de fondre et transforme la ville en une immense mare de boue. Les visages sont vieillis avant l’heure, ravinés de fatigue.
La dégringolade économique et sociale de Kansk n’a rien d’original, c’est le lot commun des villes moyennes russes. Les usines de papier, de meubles ou de métal sont parties, suivies par les habitants. De 100 000 habitants en 1990, la cité n’en compte plus que 80 000. Formidable terrain de jeu pour adolescents désœuvrés que ces usines abandonnées et ces maisons calcinées. Les habitants qui restent sont condamnés aux salaires de misère, comme les 12 000 roubles (135 euros) que touchait Anna Ouvarova lorsqu’elle travaillait encore comme vendeuse. Les hommes qui ont un peu d’allant partent se faire employer comme saisonniers dans les champs pétroliers ou les usines métallurgiques, à quelques centaines de kilomètres.
Kansk, en Sibérie, 80 000 habitants. La ville a perdu 20 000 habitants en trente ans. Une désertion due à la dégringolade économique de cette ville moyenne russe qui a perdu ses usines de papier, de meubles ou de métal. MARIA TURCHENKOVA POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »
La misère est une donnée de base. Il faut lui ajouter l’isolement, parent du fatalisme. Krasnoïarsk, la capitale régionale, connue pour son air pollué, n’est qu’à trois heures de route, mais c’est déjà un autre monde, lumineux et moderne. Quant à Moscou, à 4 500 kilomètres de là, peu y ont mis les pieds.
Kansk vit sous cloche. Les cris des mécontents se perdraient dans la taïga mais, à vrai dire, personne n’a jamais pensé à se plaindre ni à réclamer quoi que ce soit. C’est peut-être pour ça que l’incarcération des anarchistes fait si peu de vagues. Et pour beaucoup, la prison n’est pas une étape exceptionnelle de la vie. Un jour qu’elle amenait des vivres à son fils, Anna s’est renseignée : les mères des deux voisins de cellule de Nikita (l’un d’eux a tué, sous l’effet de l’alcool) font-elles pareil ? Non, lui a-t-on répondu, elle est la seule.
Une dégradation du niveau de vie
Dans les groupes locaux sur le réseau social VKontakte, l’affaire des anarchistes divise. Certains approuvent l’emprisonnement. Les médias locaux très contrôlés n’ont pas hésité à inventer des conversations entre les garçons, où il est question de meurtres. Le directeur de l’école numéro 21, celle du trio d’anarchistes, a de son côté assuré aux parents d’élèves, selon plusieurs sources, que les trois camarades s’apprêtaient à faire sauter l’établissement. Igor Kreminski, qui est aussi député municipal du parti au pouvoir et en a l’allure de notable, dément avoir tenu de tels propos, et assure ne pas s’intéresser à l’affaire : « Ce ne sont plus mes élèves. »
Vassilina, 14 ans, écolière dans la même école que Nikita Ouvarov. Vassilina a été convoquée par le FSB, les services de sécurité, après être venue à l’école avec un T-shirt marqué du A d’« anarchie » en soutien à ses camarades. MARIA TURCHENKOVA POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »
Le soupçon s’est répandu, la psychose est entretenue. Rares sont ceux qui parlent. Au mois de janvier, Vassilina, 14 ans, une autre élève de l’école 21, est venue avec un tee-shirt marqué du « A » d’« anarchie ». Une façon de dire son soutien à Nikita et aux autres, dont elle dit partager les opinions politiques. « Je n’aime aucun pouvoir et encore moins le pouvoir russe corrompu », dit d’une voix étonnamment assurée cette adolescente à la silhouette frêle et au regard timide.
Quelques jours plus tard, le FSB est venu l’interroger à l’école. La jeune fille a eu si peur qu’elle a oublié une partie de la conversation. Elle se souvient, en revanche, que les agents l’ont dissuadée d’aller manifester en soutien à l’opposant emprisonné Alexeï Navalny, idée qu’elle avait émise dans un message privé envoyé à une amie.
Celui qui souffre le plus de ce climat de suspicion, c’est Maxime, 14 ans, le cousin de Nikita. Les deux garçons ont un an d’écart et ont été élevés ensemble. Maxime vient de se teindre les cheveux en bleu. Ou vert, il y a débat. Il n’en faut pas plus pour que sa mère reçoive un appel de l’école. Des « témoignages » font de lui un toxicomane. C’est au tour de Tatiana, la sœur cadette d’Anna, de pleurer. Les regards des passants sur son fils, elle s’en accommodait, elle le veut libre, mais ces jugements lui font peur.
Maxime, 14 ans, le cousin de Nikita Ouvarov, accusé de terrorisme, à Kansk, en Sibérie. MARIA TURCHENKOVA POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »
Au sein des familles, parfois entre voisins, on se serre les coudes. Mais la solidarité s’arrête au coin de la rue. Ensuite, « c’est chacun pour soi », résume Anna. Selon elle, la dégradation du niveau de vie, ces dernières années, a accentué le repli. Les deux sœurs ont grandi dans un village voisin, soudées par le suicide de leur frère. Les hommes partent tôt, l’histoire familiale est jalonnée de morts tragiques.
Les deux femmes se ressemblent, tempérament joyeux et grandeur d’âme, de celles qui sont incapables de voir un chien battu sans le ramener chez elles. Nikita n’a pas l’air différent. Dans l’une de ses lettres, il demande à sa mère de lui faire passer moins de nourriture : « Utilise plutôt cet argent pour soulager grand-père et grand-mère, ou donne-le à des gens dans le besoin », écrit-il.
Des prétextes fallacieux
Les mères de Denis et Bogdan, les deux autres apprentis ­anarchistes, sont elles aussi des parents isolés. Anna a senti une joie mauvaise dans les yeux des enquêteurs, quand ils l’ont compris : des proies faciles. Même entourée, Anna se sent impuissante. Son unique tentative de faire sortir quelques femmes sur la place centrale de la ville a tourné court. « A Kansk, la peur est plus forte et le plafond est plus bas qu’ailleurs », résume l’avocat Vladimir Vasin, qui habite à Krasnoïarsk. L’arrestation de Nikita a ouvert les yeux des deux femmes.
Sa tante, Tatiana, très religieuse, ne s’intéressait pas à la politique. Le 23 janvier, elle a pourtant manifesté pour Alexeï Navalny, avec une cinquantaine de personnes – un nombre étonnamment élevé pour la ville. Le dimanche suivant, par une température de -45 C°, il ne restait qu’elle et un ami. Ils ont respectivement passé deux et neuf heures au poste. Attablée dans la maison coquette construite par son mari, avec bania au fond du jardin, cette femme souriante et dynamique rirait presque de l’aventure, étonnée de sa propre audace.
Anna Ouvarova, 43 ans, devant le centre de détention provisoire numéro 5 où son fils Nikita est détenu. MARIA TURCHENKOVA POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »
Anna, elle, se souvient des discussions avec son fils, dans sa petite chambre aux murs roses qui faisaient honte à Nikita. Il voulait partager ses découvertes, son éveil politique. « Maman ça te convient de vivre comme ça ? », demandait-il. Lecteur infatigable, il s’est intéressé à tout avant de trouver sa voie dans l’anarchisme. Sur son lit, il y a encore le bout de tissu noir avec lequel lui et ses amis voulaient confectionner un drapeau.
Ce qui le tourmentait le plus, c’était le sort des prisonniers politiques, des jeunes à peine plus âgés que lui, envoyés en prison sous des prétextes fallacieux. « Une injustice ! », martelait-il. Anna haussait les épaules, balayait : « Si on les a condamnés, c’est bien qu’ils ont fait quelque chose… » Cette même phrase qui, aujourd’hui, lui arrache des larmes.
Anna s’est retrouvée dans un groupe de « mères de prisonniers politiques ». Elle ne se sent pas à la hauteur, ne participe pas aux échanges, mais elle lit, amasse des conseils. La plus active est la mère de Yan Sidorov, un jeune de Rostov-sur-le-Don, condamné à six ans de prison, à l’âge de 18 ans. Il avait tenté d’organiser une manifestation pour dénoncer l’incurie des autorités face aux incendies. Des « désordres de masse », selon la justice.
Trou perdu contre génération connectée
Anna refait souvent le film des derniers mois. Elle s’en veut de n’avoir compris que trop tard à quel point Nikita changeait. Toujours sur la route, à vendre des pelmeni (les raviolis russes) et des glaces, et voilà que son fils n’était déjà plus l’enfant modèle, premier de la classe et plein de tendresse filiale. Nikita s’est refermé, il a remisé ses robots en plastique dans un carton, ses notes ont chuté.
« L’école ne m’a convoquée que deux fois, se souvient la mère. Une fois pour parler de ses notes et une autre parce qu’il allait à l’école en survêtement. Pourquoi ne l’ont-ils pas aidé, au lieu de l’accabler plus tard dans leurs rapports ? Ils l’ont décrit comme un enfant agressif, toujours à chercher le conflit, qui veut toujours avoir raison… J’ai honte que ces gens enseignent à nos enfants ! » Quand Anna a elle-même demandé de l’aide, la seule réaction de la psychologue scolaire a été de s’horrifier à l’idée que mère et fils regardent ensemble une série télévisée sur l’anarchiste ukrainien Nestor Makhno.
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A quel point Nikita et ses copains se sont-ils radicalisés ? Peut-être auraient-ils un jour réellement basculé dans la violence, entre amour des expérimentations chimiques et rejet grandissant du pouvoir russe. L’enquête est si pleine de trous et de manipulations qu’il est impossible de le savoir. En revanche, leur révolte adolescente est évidente. Il faut lui ajouter Internet, monde sur mesure où les rêves n’ont pas de limites.
Pavel, 18 ans, le cousin de Nikita, dans un champ à l’extérieur de la ville de Kansk, en Sibérie. Maria Turchenvova pour M Le magazine du Monde
Nikita passait des heures sur son ordinateur, sa lucarne dans la grisaille. Le garçon à la mèche s’intéressait aussi bien à la corruption en Russie qu’aux « gilets jaunes » français. « Dans le temps, nous jouions tous dehors, sans penser à rien de mal, se souvient Anna se rappelant son enfance soviétique. Nous aussi, au village, on faisait des explosions partout. On prenait le métal chez mon père, soudeur. Mais on restait des enfants faciles et obéissants. »
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Adolescents contre adultes. Trou perdu contre génération connectée. L’équation est ordinaire. Sauf qu’ici, dans cette ville si provinciale d’un Etat autoritaire, la collision est brutale. « Que les enfants fassent des bêtises et se montent la tête c’est une chose, mais les adultes devraient être capables de régler ça en adultes », regrette l’avocat Vladimir Vasin.
Adeptes de Satan ou du dieu Adidas
Dans toute la Russie, le fossé se creuse. D’un côté, un pouvoir qui ne propose rien d’autre qu’un passé glorieux et des slogans ultraconservateurs ; de l’autre une jeunesse qui ne parvient pas à voir dans les Etats-Unis un ennemi mortel et aspire au changement. L’irruption de cette génération sur la scène politique, notamment grâce à Alexeï Navalny, a entraîné une crispation sans précédent du pouvoir, qui interdit tout activisme échappant à son contrôle et voudrait soumettre Internet comme il a soumis les médias traditionnels.
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A Kansk, entre les visages juvéniles et ceux creusés de rides et de lassitude, l’incompréhension est entière. « Ici, si tu souris, c’est que t’es un toxicomane ou un con », résume Maxime, le cousin de Nikita. Lui ne songe qu’à s’échapper. Pas à l’armée, comme beaucoup. Dans ses rêves, il se voit opérateur-son, tantôt à Krasnoïarsk, tantôt à New York. En attendant, il se cherche. « A part les premiers de la classe, tout le monde appartient à une sous-culture. Il y a les gothiques, les émos, les rappeurs, les satanistes, les anarchistes… Et puis la majorité, les “offniki”, ceux qui ont les cheveux rasés, s’habillent en survêtement et tabassent les autres, ceux qui sortent de la norme. »
« Peut-être que nos gouvernants devraient s’intéresser à ça, à la raison qui fait que nos enfants sont en colère ou perdus. » Vsevolod, prêtre
Maxime s’étonne : cela fait deux jours qu’il s’est teint les cheveux, et il ne s’est pas encore fait agresser. Il dit avoir essayé à peu près toutes les tribus, les « sous-cultures ». « J’ai arrêté. Maintenant je suis moi, je suis Maxime. » Maxime n’a jamais trop porté d’attention aux passions anarchistes de Nikita. Son truc, c’est la musique. Guitariste et chanteur de talent, il a enregistré cinq chansons pour un album rock, dont l’une est dédicacée à son cousin. Il n’empêche, depuis l’arrestation, il a découvert Alexeï Navalny et regarde désormais toutes ses vidéos.
Qu’ils soient adeptes de Satan ou du dieu Adidas, les jeunes n’ont pas beaucoup de possibilités pour se retrouver. Il y a la maison de la culture communale ou le Port-Arthur, le centre commercial flambant neuf. La porte des bars leur est fermée, et de toute façon on ne fait que s’y saouler et se battre. Ce qui n’empêche pas l’alcool de circuler aussi chez les adolescents. Selon Maxime, beaucoup commencent dès l’âge de 10 ans, boivent ce qu’ils trouvent. La drogue circule aussi : marijuana de production locale et drogues de synthèse.
Des jeunes dans le centre commercial Port-Arthur, à Kansk, en Sibérie. MARIA TURCHENKOVA POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »
« Peut-être que nos gouvernants devraient s’intéresser à ça, à la raison qui fait que nos enfants sont en colère ou perdus », suggère le père Vsevolod, 61 ans. Le religieux barbu est une personnalité à part à Kansk. Sa paroisse a des allures de bric-à-brac, le jardin est encombré de bois de chauffe. La « Vraie Eglise orthodoxe » à laquelle il appartient, issue des structures clandestines qui refusaient la collaboration avec le pouvoir soviétique, est moins importante que celle dirigée à Moscou par le patriarche Kirill, mais elle est dûment enregistrée.
En théorie, cela lui donne le droit de voir Nikita, qu’il a baptisé en même temps que Maxime. A lui aussi, pourtant, la demande de visite a été refusée, de manière inexpliquée et illégale. Le prêtre essaie de comprendre le jeune homme : « Si vous ne pensez pas à la révolution et à la justice quand vous êtes jeune, vous n’avez pas de cœur. Ici, il n’y a pas de classe moyenne. Il n’y a que des très pauvres et quelques riches derrière des murs en béton. »
Des dizaines d’adolescents arrêtés
Depuis un an, dans toute la région de Krasnoïarsk, se répand une épidémie de « terrorisme scolaire ». Des dizaines d’adolescents ont été arrêtés pour des projets présumés d’attentats. Certains sont envoyés en hôpital psychiatrique, comme Aliona Prokudina, que l’avocat Vladimir Vasin défend également. L’adolescente avait publié en ligne une vidéo où elle apparaît avec un faux pistolet à la main, pour mettre en garde contre les tueries dans les écoles. Dans la plupart des cas, les forces de l’ordre attendent que les enfants fêtent leurs 14 ans pour intervenir. L’âge de la responsabilité pénale donne une tout autre ampleur aux affaires. On y trouve aussi, fréquemment, ces mystérieux provocateurs au rôle trouble.
L’adolescent ne se plaint pas. Dans ses courriers, « tout va bien », toujours. Selon son avocat, il étudie même avec sérieux. Seul problème, depuis que Denis a rejoint le centre de détention, les leçons proposées par l’administration pénitentiaire sont passées de quarante à vingt minutes, puisque les deux amis ne peuvent étudier ensemble.
Une affiche avec l'image de Iouri Gagarine, cosmonaute soviétique, et le slogan « Nous sommes les premiers » dans une rue de Kansk. A l’arrière-plan, un commissariat de police. MARIA TURCHENKOVA POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »
Nikita n’a pas changé. On lui a rasé sa mèche, mais son crâne tondu est toujours aussi dur. Dans une lettre récente, le garçon raconte ses conversations avec un gardien plus bavard que les autres. « C’est un orthodoxe. Il y en a beaucoup, des orthodoxes comme ça dans les organes [de sécurité], qui oublient qu’en n’agissant pas comme il est recommandé dans la Bible, ils vont contre la parole de Dieu. Quand j’essaie de lui exposer mes idées, que je conteste son discours, il m’interrompt : “Tu n’as pas le droit de parler avec moi !” Comme si je pouvais détruire sa perception du monde avec mes mots. Comme s’il avait peur de la vérité. »
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Le 4 mai, dans la soirée, au moment où nous bouclions le magazine, Nikita Ouvarov est sorti de prison. Sa mère nous a envoyé une photo où elle l’étreint. Mais le soulagement est limité, prudent. Sa libération est la conséquence d’une décision en appel, qui annule sa détention provisoire jusqu’au 8 mai. Or, un autre tribunal a déjà décidé de prolonger cette détention jusqu’au 8 juin. En théorie, Nikita devrait donc retourner en prison dès le 8 mai. « Ce serait inhumain, commente son avocat, mais c’est comme ça que fonctionne ce pays. » Il vient aussi d’apprendre que le procès devrait avoir lieu devant un tribunal militaire à Khabarovsk, à 4 000 kilomètres de là, dans l’Extrême-Orient.
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OpinionsEditoriauxChroniquesAnalysesTribunesVie des idées <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/06/14/0/0/3499/2333/360/0/95/0/dbb644e_fw1-exxon-mobil-trading-0614-11.JPG 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/06/14/0/0/3499/2333/180/0/95/0/dbb644e_fw1-exxon-mobil-trading-0614-11.JPG" alt=""> Tribune Article réservé à nos abonnés ExxonMobil : « Cela ouvre davantage d’opportunités à des fonds activistes verts, mais on est loin d’une démocratie actionnariale » François Meunier Professeur d’économie affilié à l’Ensae-Institut polytechnique de Paris <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/06/13/0/96/6426/4284/360/0/95/0/2b7dd7b_5fb65a6a78634bfba72c6f08f00c40d7-5fb65a6a78634bfba72c6f08f00c40d7-0.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/06/13/0/96/6426/4284/180/0/95/0/2b7dd7b_5fb65a6a78634bfba72c6f08f00c40d7-5fb65a6a78634bfba72c6f08f00c40d7-0.jpg" alt="Tel Aviv, le 13 juin. Devant une affiche de campagne de Benjamin Nétanyahou, premier ministre israélien sortant après douze ans de mandat."> Tribune Article réservé à nos abonnés Eva Illouz : « Israël traverse une profonde crise morale » Eva Illouz Sociologue <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2016/12/20/0/4/4584/3056/360/0/95/0/ed2f54e_5321012-01-06.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2016/12/20/0/4/4584/3056/180/0/95/0/ed2f54e_5321012-01-06.jpg" alt="Devant le parc du Temple du ciel, à Pékin, en décembre 2016."> Tribune Article réservé à nos abonnés « Pour Pékin, les données démographiques sont d’abord des monnaies d’échange sur l’échiquier géopolitique » Isabelle Feng Juriste <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/06/18/0/0/3600/2400/360/0/95/0/38ccb87_711685989-macron-aisne-24.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/06/18/0/0/3600/2400/180/0/95/0/38ccb87_711685989-macron-aisne-24.jpg" alt="Emmanuel Macron visite le chantier du château de Villers-Cotterêts (Aisne) et échange avce les habitants, jeudi 17 juin 2021"> Éditorial Covid-19 : le pari présidentiel de l’optimisme CultureCinémaTélévisionLivresMusiquesArtsScènes <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/06/18/0/166/1851/1234/360/0/95/0/5573e13_395516807-ma-famille-afghane-negativ-s-r-o-sacrebleu-productions.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/06/18/0/166/1851/1234/180/0/95/0/5573e13_395516807-ma-famille-afghane-negativ-s-r-o-sacrebleu-productions.jpg" alt="« Ma famille afghane », de Michaela Pavlatova, long-métrage en compétition."> Culture Article réservé à nos abonnés Au festival d’Annecy, l’animation sur les chemins du conte engagé <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/06/16/0/0/1622/1082/360/0/95/0/327718e_712884594-lne-saint-ouen2.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/06/16/0/0/1622/1082/180/0/95/0/327718e_712884594-lne-saint-ouen2.jpg" alt="La pièce « Lettres non-écrites », de David Geselson, jouée à l’Espace 1789, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), en février."> Livres Article réservé à nos abonnés « Lettres non-écrites », de David Geselson : le recueil de petits et grands secrets <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/06/15/0/0/6487/4325/360/0/95/0/612fe0c_220992993-6.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/06/15/0/0/6487/4325/180/0/95/0/612fe0c_220992993-6.jpg" alt="Elsa Lunghini, à l'hôtel des Remparts, à Aigues-Mortes (Gard), le 11 mai 2021"> L'époque Article réservé à nos abonnés Un apéro avec Elsa Lunghini : « J’ai commencé trop tôt pour me demander quel métier je voulais faire » <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/06/18/857/0/2912/1934/360/0/95/0/7654e5e_914968393-fromanger-19.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/06/18/857/0/2912/1934/180/0/95/0/7654e5e_914968393-fromanger-19.jpg" alt="Gérard Fromanger dans son exposition « Figuration narrative » au Grand Palais à Paris, le 11 avril 2008."> Culture Article réservé à nos abonnés Mort du peintre Gérard Fromanger, le rouge en deuil M le MagL’actuL’époqueLe styleGastronomieVoyageModeLes Recettes du Monde <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/06/15/256/0/997/664/360/0/95/0/63c490a_117625-3227179.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/06/15/256/0/997/664/180/0/95/0/63c490a_117625-3227179.jpg" alt="Le président du Salvador, Nayib Bukele, le 1er juin, à l’Assemblée législative, à San Salvador."> M le mag Nayib Bukele, le premier chef d’Etat à officialiser le bitcoin <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/06/15/75/0/1500/999/360/0/95/0/5021c87_117793-3226489.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/06/15/75/0/1500/999/180/0/95/0/5021c87_117793-3226489.jpg" alt="Autour de Charline Vanhoenacker, Guillaume Meurice, Alex Vizorek et Juliette Arnaud, sur le plateau de « Par Jupiter ! », le 2 juin 2021."> M le mag Article réservé à nos abonnés « Par Jupiter ! », les têtes à claques de France Inter <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2020/10/08/0/1789/3153/2102/360/0/95/0/b42e116_716088638-couplehetero01fond.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2020/10/08/0/1789/3153/2102/180/0/95/0/b42e116_716088638-couplehetero01fond.jpg" alt=""> L'époque Article réservé à nos abonnés S’aimer comme on se quitte : « J’ai toujours cru que j’aurais le temps de lui dire à quel point je l’aimais » <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/06/10/100/0/1500/1000/360/0/95/0/806c9c0_116625-3226363.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/06/10/100/0/1500/1000/180/0/95/0/806c9c0_116625-3226363.jpg" alt="Le crumble de blettes de Linda Bedouet"> Les recettes du Monde Le crumble de blettes : la recette de Linda Bedouet Accéder à votre compte abonnéConsulter le Journal du jourÉvènements abonnésLe Monde EvénementsBoutique Le MondeNewslettersMémorable : cultiver votre mémoireGuides d’achatMots Croisés / SudokusJeux-concours abonnésNous contacterMentions légalesConditions généralesCharte du groupePolitique de confidentialitéFAQDécodex : vérifier l’infoÉlections régionales et départementales 2021Codes promoFormation professionnelleCours d’anglaisCours d’orthographe et grammaireConjugaisonDictionnaire de citationsAnnonces immobilièresPrix de l’immobilierJardinageJeux d’arcadeParoles de chansons#OnaTousBesoinDuSudVoyage au CanadaUn projet écoresponsableRecherche