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HICHAM GARDAF ET ILYES GRIYEB POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
A Tanger, les fantômes de la Beat generation
Par Ghalia Kadiri (Casablanca, correspondance)
Publié le 17 septembre 2021 à 01h05 - Mis à jour le 18 septembre 2021 à 20h35
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RÉCITAu début des années 1950, des écrivains, comme Bowles, Burroughs ou Ginsberg, ont fui l’Amérique puritaine pour cette cité côtière du Maroc. Leurs œuvres ont alimenté l’image d’un lieu cosmopolite et transgressif. Une nostalgie aujourd’hui remise en question par la jeune scène tangéroise, qui se réapproprie sa ville.
La nuit est tombée depuis peu sur les collines de Tanger et les ruelles de la kasbah s’assombrissent. Un garçon s’approche. « Qu’est-ce que tu cherches ? Du haschisch ? », murmure-t-il dans un mélange d’espagnol et de darija, l’arabe dialectal marocain. Dans cette petite rue derrière la place du Grand Socco, aux portes de la Médina, une autre époque se devine. Celle de la Beat generation à Tanger, dont les nostalgiques suivent les traces. Elles mènent au Dean’s Bar.
Ouvert en 1937, le lieu a attiré toutes sortes de personnages du monde entier. Des poètes, des écrivains, des artistes, des fugitifs, des trafiquants, des espions, des diplomates et des aristocrates, en quête d’aventures et de cannabis. Du Dean’s, il ne reste plus qu’une porte grillagée. La pancarte rouillée qui signalait la vente d’alcool n’a jamais été démontée.
Production de marijuana
Tanger a changé. Disparue l’ambiance cosmopolite qui a régné des années 1920 aux années 1950 et donné naissance au mythe. Un mélange de fascination littéraire et artistique pour cette ville à la pointe du détroit de Gibraltar, d’attrait pour les transgressions qu’elle permettait, pour la liberté de ses nuits. Les bars déjantés ont fermé leurs portes et les paquets de kif ne sont plus en vente libre.
Mais la ville exhale la même odeur que décrivaient les poètes américains, un mélange d’épices, de jasmin et de cannabis. On le fume toujours, plus ou moins librement, au coin d’une rue ou à la terrasse d’un café.
Les vieillards savourent le kif traditionnel (des feuilles de cannabis séchées) dans un sebsi, une pipe à haschisch longue d’une trentaine de centimètres et sculptée de motifs raffinés. Les plus jeunes préfèrent la résine de cannabis, roulée dans un joint façon chamali (« nordique », en arabe), une spécialité du nord consistant à retirer une partie du filtre.
Des consommateurs de cannabis, à Tanger. La plante est largement cultivée dans le Rif. HICHAM GARDAF ET ILYES GRIYEB POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
Au Maroc, la culture du cannabis fait partie du paysage et du patrimoine national depuis le XVIsiècle. Certes, sa production a été prohibée, en 1932, dans la zone marocaine sous protectorat français, sauf dans le Haouz et le Gharb. Une interdiction étendue à l’ensemble du protectorat en 1954, puis dans tout le Maroc après l’indépendance du pays, en 1956. Sa culture continue toutefois clandestinement et se vend sous forme de feuilles séchées.
Depuis les années 1970, avec l’arrivée des hippies et l’explosion de la demande européenne, les cultivateurs transforment le kif en résine, celle qui se vend sous forme de barrettes de shit dans toute l’Europe. Dans la région montagneuse du Rif, non loin de Tanger, à l’abri des regards, se concentre aujourd’hui la plus grande production de marijuana de la planète, dont les bénéfices sont estimés à plus de 19 milliards d’euros par an, selon une étude publiée en 2020 par Initiative mondiale contre la criminalité transnationale, un réseau d’experts indépendants basés à Genève.
Une guitare de Keith Richards
Fatigué de ne récolter que les miettes d’un marché en pleine croissance dans le monde, le gouvernement marocain a brisé le tabou en adoptant, le 26 mai, un projet de loi autorisant cette culture à des fins thérapeutiques et industrielles. Et ce malgré l’opposition des islamistes, le PJD (Parti de la justice et du développement), au pouvoir jusqu’à ce qu’ils subissent une défaite majeure aux élections législatives du 8 septembre. Mais l’usage récréatif, qui représente la plus grosse part du marché, contre 10 % de la demande pour le cannabis thérapeutique, reste interdit. Alors le trafic continue.
« Et puis, qu’est-ce que ça va changer ? On va continuer à acheter et à fumer du shit illégalement, et les trafiquants vont continuer de s’enrichir sans être inquiétés. » Abdou, un Tangérois de 22 ans
A Tanger, ville de multiples trafics, carrefour entre l’Europe et l’Afrique, l’annonce n’a pas fait la moindre vague. Les barons de la drogue blanchissent toujours l’argent dans les complexes immobiliers qui poussent le long de la corniche, les voitures de luxe aux vitres teintées continuent de rouler à toute vitesse dans les hautes collines et les clients du café Baba, au fond d’une venelle de la kasbah, fument leurs joints en toute tranquillité.
Dans ce bistrot un peu délabré qui fut la Mecque des hippies, une grappe de gamins se défoncent de bon matin autour d’une partie de dominos et d’un café turc, face aux grandes fenêtres dominant la Médina et la baie de Tanger. La plupart n’ont jamais entendu parler de la nouvelle loi. « Et puis, qu’est-ce que ça va changer ? ironise Abdou, un Tangérois de 22 ans. On va continuer à acheter et à fumer du shit illégalement, et les trafiquants vont continuer de s’enrichir sans être inquiétés. » Il reprend une taffe et pose un domino.
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Clouée au mur du Baba, au-dessus d’Abdou, une guitare qui appartenait à Keith Richards trône tel un totem. Les Rolling Stones aussi ont fumé du kif ici, en 1967, quand Tanger était encore « une ville de poésie, de drogue et de fête », se souvient Mustapha Haouchine, attablé au Gran Café de Paris. Dandy de l’underground tangérois, le dramaturge de 67 ans, qui avait commencé sa carrière comme comptable dans une compagnie d’assurances, a vécu « les belles années de Tanger », ses passions, ses intrigues et ses excès. Sous son chapeau melon, son visage est familier. Il a joué un vendeur de haschisch dans
l’étonnant film de Jim Jarmusch, Only Lovers Left Alive
, une histoire d’amour entre vampires, entre Detroit (Michigan) et Tanger, en compétition pour la Palme d’or en 2013.
Anticonformistes en quête de démesure
Sous ses airs de café tout simple avec sa terrasse au coin du boulevard Pasteur, le Gran Café de Paris a longtemps été le théâtre de la petite société tangéroise, avec ses intellectuels, ses opposants, ses expatriés.
Les plus âgés se targuent d’y avoir maintes fois croisé Jean Genet, qui a découvert la ville au début des 1970, avant qu’il ne s’installe à Larache, à 80 kilomètres de là, où il souhaita être enterré après sa mort, en 1986. « Jusqu’au milieu des années 1980, Tanger était la plus belle ville du monde, la plus libre surtout, raconte Mustapha Haouchine. Les filles portaient des minijupes. On fréquentait des Anglais, des Américains, des Juifs. On vivait la belle vie. »
La Tanger d’aujourd’hui ne l’intéresse pas beaucoup. Mustapha Haouchine évoque les légendes littéraires comme si elles étaient encore là, vivantes, assises à quelques tables de nous. Comme l’Américain Paul Bowles, venu pour un été, en 1947, et resté jusqu’à sa mort, en 1999. Dans la grande salle, juste derrière nous, l’auteur d’Un thé au Sahara (Gallimard, 1952) avait pour habitude de retrouver ses amis Tennessee Williams et Truman Capote.
Le Gran Café de Paris, à Tanger, en août. Il fut l’un des établissements très prisé des expatriés, notamment de l’écrivain français Jean Genet. HICHAM GARDAF ET ILYES GRIYEB POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
Il y fréquentait aussi Jack Kerouac, William Burroughs et Allen Ginsberg, écrivains et poètes rebelles issus de la Beat generation, ce mouvement littéraire et artistique anticonformiste né dans les années 1950 aux Etats-Unis. Homosexuels pour la plupart, en rupture avec l’Occident et la société de consommation, ils avaient débarqué à Tanger pour échapper au maccarthysme et aux valeurs puritaines américaines. « Ils venaient pour le cannabis et les jeunes garçons », souffle Mustapha Haouchine.
Des images des rues de Tanger dans les années 1950
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Tout était possible pour les étrangers. Il n’y avait pas de gouvernement, pas de règles, pas de limites pour les expatriés américains. Truman Capote l’écrivait dans son œuvre posthume et inachevée Prières exaucées (Grasset, 1988) : « Mis à part ceux qui déambulent pour des affaires plus ou moins claires, tous les étrangers ou presque se réfugient à Tanger pour l’une des quatre raisons suivantes, sinon les quatre à la fois : drogue en veux-tu en voilà, prostitution d’adolescents lubriques, évasion fiscale, ou tout simplement parce qu’ils sont à ce point indésirables que nulle part au nord de Port-Saïd on ne les laissera sortir de l’aéroport ou débarquer d’un bateau. »
C’était le temps de l’ « Interzone », comme
William Burroughs avait baptisé Tanger dans son Festin nu
(Olympia Press, 1959). L’Histoire a octroyé à la ville un statut particulier.
En 1923, alors que le Maroc est divisé entre protectorats français et espagnol, la France, l’Espagne et le Royaume-Uni signent un protocole plaçant Tanger au centre d’une zone internationale contrôlée par neuf puissances occidentales. Son port franc attire alors des hommes d’affaires du monde entier et un tiers de ses 150 000 habitants sont étrangers. On y paie en francs, en pesetas, en dollars ou en livres sterling. La cité séduit aussi les anticonformistes en quête de démesure.
A Tanger, en 1961, assis, Peter Orlovsky et Paul Bowles ; debout, de gauche à droite, Burroughs, Ginsberg, Ansen, Corso et Sommerville. ALLEN GINSBERG/CORBIS VIA GETTY IMAGES
« Paul Bowles avait trouvé sa place dans cette ville extraordinairement libre pour les étrangers et à la fois proche de l’Europe, explique Hisham Aidi, professeur de sciences politiques et d’études africaines à l’université Columbia. A la moindre tension avec l’Istiqlal [le parti de l’indépendance marocain], il partait se réfugier à Madère, archipel du Portugal. Mais il se savait protégé : les Américains avaient une immunité diplomatique qui leur octroyait une liberté totale. »
« C’était une autre époque. Le jour et la nuit se confondaient, les gens faisaient la fête sans arrêt, descendaient nus sur la plage. » Mustapha Haouchine
A l’époque, les soirées commençaient tard. Le voyage au bout de la nuit tangéroise débutait au Dean’s Bar, dont les fêtes quelque peu décadentes jalonnent l’histoire de la ville. Les Beat avaient pour habitude de dîner au Mille et une nuits, le restaurant de leur ami l’artiste américain Brion Gysin. Plus tard, on les apercevait aux bars Parade ou Romero, puis dans des cabarets mal famés, au milieu des espions et des contrebandiers. En journée, ils fumaient ouvertement du kif dans les cafés et goûtaient aux plaisirs du maajoun, une pâtisserie à base de cannabis, de miel et d’amandes pilées. Ils menaient ainsi un rythme de vie frivole et libertin, mêlant homosexualité, relation avec des prostitués, poésie et drogue.
« Ils faisaient partie du décor de Tanger, se remémore, avec un soupçon de mélancolie, Mustapha Haouchine, au Gran Café de Paris. C’était une autre époque. Le jour et la nuit se confondaient, les gens faisaient la fête sans arrêt, descendaient nus sur la plage. » Il se raconte que, derrière la salle principale de ce café mythique, une petite pièce discrète se transformait en bordel, dont la sortie donnait sur une ruelle à l’arrière.
Les choses ont commencé à changer après l’indépendance du Maroc. Tanger a conservé son statut international jusqu’en 1960 et les années folles se sont poursuivies jusqu’au milieu des années 1980.
Mais le mythe a commencé à s’étioler et, un jour, les Beat se sont réveillés avec le mal du pays. Ils sont tous partis, sauf Paul Bowles. La plupart sont morts loin de Tanger. Depuis, des écrivains nostalgiques, des journalistes et d’autres amateurs de littérature curieux traquent des indices de leur passage, dans les rues envoûtantes de la « Dream City », comme l’appelle Bowles dans ses Mémoires d’un nomade (Quai Voltaire, 1989).
Dans la légation américaine
La quête du mythe se transforme en une chasse aux fantômes. Le Parade et le Romero n’existent plus, pas même une pancarte. On cherche la fameuse pâtisserie Madame Porte, où William Burroughs corrigeait chaque matin les pages du Festin nu écrites dans la nuit. On tombe sur un McDonald’s. A l’Hôtel Muniria, dans la chambre 9, où résonnait chaque soir le crépitement de sa machine à écrire, aucune trace de Burroughs. C’est à la légation américaine de Tanger, au cœur de la Médina, dans une aile réservée à Paul Bowles, que quelques souvenirs de cette époque demeurent.
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Dans ce beau bâtiment construit en 1821, la plus ancienne possession américaine à l’étranger, les représentants diplomatiques s’efforcent de valoriser « les liens forts qu’entretenaient Bowles et les Beat avec le Maroc et les Marocains », assure son directeur, John Davison. Derrière, la voix de Bowles résonne dans un vieux poste radio. Au cours de ses voyages au Maroc, l’écrivain, qui fut aussi compositeur, a contribué, à travers de nombreux enregistrements, à documenter le patrimoine musical, notamment berbère, du royaume.
L’hôtel Muniria, à Tanger. L’écrivain américain William Burroughs y écrivit « Le Festin nu », un des romans culte de la Beat generation, publié en France en 1959. HICHAM GARDAF ET ILYES GRIYEB POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
Parmi les portraits en noir et blanc accrochés au mur de la légation, un cliché fait apparaître Tennessee Williams, torse nu, avec Ahmed Yacoubi, un jeune peintre marocain qui fréquentait les écrivains de cette génération. Paul Bowles et les autres avaient attiré dans leur cercle fermé quelques jeunes Marocains qu’ils appelaient « les indigènes ».
« Ces gamins étaient tous pauvres, n’étaient jamais allés à l’école et étaient devenus l’objet de leurs fantasmes sexuels. Ils ont gravité autour des Beat en espérant sortir de leur condition. » Un témoin de l’époque
« C’étaient des artistes du coin au potentiel extraordinaire, des conteurs hors pair, des chauffeurs qui leur avaient tapé dans l’œil ou tout simplement des beaux gosses trouvés dans la rue, généralement mineurs », se souvient un témoin de ce temps-là, qui a longtemps fréquenté Bowles avant de rompre leur amitié quelques années avant sa mort « pour des raisons morales ». « Ces gamins étaient tous pauvres, n’étaient jamais allés à l’école et étaient devenus l’objet de leurs fantasmes sexuels, explique-t-il. Ils ont gravité autour des Beat en espérant sortir de leur condition. Mais peu y sont arrivés et la plupart ont eu le sentiment d’avoir été utilisés. »
Juste au-dessous du poste radio, dans un meuble Art déco dont a hérité la légation, les collaborations littéraires de Bowles avec ses « amis marocains » sont fièrement exposées. Mohamed Choukri, Larbi Layachi, Mohammed Mrabet… Au milieu des années 1960, Paul Bowles, qui comprenait la darija, s’était mis à transcrire et à publier les récits de ces jeunes conteurs analphabètes de Tanger. Mohamed Choukri est ainsi devenu une des grandes figures littéraires du Maroc grâce à
son roman autobiographique Le Pain nu
, d’abord traduit en anglais par l’écrivain américain en 1973, puis en douze langues (en français, par Tahar Ben Jelloun). Mais les autres ont fini par tomber dans l’oubli.
Des comptes à régler
« Que reste-t-il de ce Tanger ? Rien, aucune reconnaissance », peste Mohammed Mrabet. Il est le dernier survivant du Tanger mythique. A 85 ans, cet homme de petite taille, mince et bien conservé, mais un brin caractériel et plein d’amertume, ne parle plus aux médias. C’est par un après-midi moite qu’il accepte finalement de témoigner à son domicile, un modeste appartement à vingt minutes de voiture du centre-ville.
Mohammed Mrabet a des comptes à régler. Avec Paul Bowles et ses amis poètes, avec les expatriés américains venus « abuser des garçons marocains », avec les éditeurs aussi, qui ne lui ont « jamais donné ses droits d’auteur ».
Mohammed Mrabet, 85 ans. Cet ancien ami et collaborateur de Paul Bowles reproche aujourd’hui à l’écrivain et ses éditeurs de ne jamais lui avoir « donné ses droits d’auteur ». HICHAM GARDAF ET ILYES GRIYEB POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
Mrabet, comme ils l’appelaient tous, a rencontré le couple Paul et Jane Bowles dans les années 1960 lors d’une fête organisée par la riche expatriée américaine Barbara Hutton, connue pour ses soirées extravagantes. Il a la vingtaine, un corps d’athlète. Le jeune homme, un brin taquin et bagarreur, enchaîne les petits boulots, de cireur de chaussures à serveur dans les garden-partys des luxueuses villas au sommet des collines. Les Bowles l’embauchent comme homme à tout faire.
« La critique marocaine à l’encontre de Paul Bowles a commencé à prendre forme dans les années 1970, avec le philosophe Abdallah Laroui et l’écrivain Tahar Ben Jelloun. » Hisham Aidi, universitaire
Leur mariage ressemble davantage à une amitié conjugale, une sorte d’accommodement social entre deux écrivains homosexuels. Jane avait acquis une notoriété littéraire aux Etats-Unis avant Paul, grâce à son premier et unique roman, Deux dames sérieuses (Gallimard, 1943). A Tanger, où elle entretient de nombreuses relations homosexuelles, elle n’arrive plus à écrire et sombre dans la folie. Mrabet s’occupe d’elle jusqu’à ce qu’elle soit internée en Espagne, où elle s’éteint en 1973, à 55 ans.
A l’époque, le jeune Marocain ne sait ni lire ni écrire, mais il est bel homme et se montre débrouillard. Il parle de lui à la troisième personne, cultive un humour sans égal et a le don de raconter des histoires passionnantes. A ses heures perdues, il conte des récits fantastiques pleins de kif, de sexe et d’aventures tangéroises à Paul Bowles. Ensemble, ils publient une série d’ouvrages (L’Amour pour quelques cheveux, M’haschich, Le Café de la plage…) que son employeur et ami transcrit en anglais.
Les écrivains Paul Bowles et Mohammed Mrabet en 1969. SHEPARD SHERBELL/CORBIS VIA GETTY IMAGES
A la mort de Bowles, Mrabet espère hériter des droits d’auteur. « Je n’ai jamais touché un centime pour tous ces livres », regrette-t-il, installé dans son petit salon traditionnel, où les murs sont tapissés de ses propres toiles. Fatigué de raconter des histoires, aigri, il s’est réfugié dans la peinture, comme pour clore le chapitre de cet épisode. Mohammed Mrabet n’est pas le seul à avoir osé écorner l’image de son vieil ami, longtemps défendu par l’élite littéraire de Tanger.
« La critique marocaine à l’encontre de Paul Bowles a commencé à prendre forme dans les années 1970, avec le philosophe Abdallah Laroui et l’écrivain Tahar Ben Jelloun, souligne l’universitaire Hisham Aidi, auteur d’une étude sur Paul Bowles, qu’il a connu lors de sa jeunesse à Tanger. Ils reprochaient à l’auteur américain sa représentation du Maroc, d’avoir promu une image du pays comme une terre primitive, où le sexe et la drogue ne connaissaient aucune limite. »
Accusés de racisme et d’orientalisme
Les critiques à l’encontre des auteurs de la Beat generation, accusés de racisme et d’orientalisme, se sont accentuées à partir des années 1990.
« Il devenait de plus en plus difficile de défendre des auteurs comme Burroughs ou Ginsberg, qui exploitaient les enfants de rue et traitaient les Arabes de “chiens” », explique l’enseignant. En effet, William Burroughs avait écrit dans une lettre à Allen Ginsberg, en 1958 : « Tanger est finie. Les chiens arabes nous ont envahis. » Quelques années plus tard, l’auteur du Festin nu qualifiait les habitants d’« idiots et misérables » dans une correspondance à Bryon Gysin du 10 avril 1964. « Personnellement, je suis dégoûté par Tanger et la vue des Arabes me rend malade », ajoute-t-il dans cette lettre.
« Tout cela attire les touristes, c’est une véritable industrie. Paradoxalement, même l’élite dirigeante marocaine soutient cette vision du pays dépeinte par Bowles. » Hisham Aidi
Dans la Médina, la plupart des habitants n’avaient jamais entendu parler des écrivains de la Beat generation. « Hormis quelques rares exceptions, les expatriés ne se mêlaient pas aux Marocains. Au Café de Paris ou chez Madame Porte, les locaux n’avaient même pas le droit d’entrer », rappelle l’écrivain et dramaturge Zoubeir Ben Bouchta.
« Quand je suis arrivé, il y avait deux Tanger, deux rivages : le Tanger colonialiste et international ; et le Tanger arabe, fait de misère et d’ignorance », a écrit Mohamed Choukri dans Le Pain nu, dont la version originale, en arabe, a été éditée une première fois au Maroc avant d’être interdit l’année suivante, puis autorisé en octobre 2000.
Tanger avait donc un autre visage, que l’Histoire n’a pas retenu. Elle a préféré s’attarder sur les traces d’un mythe légèrement surfait, commercialisé et arrangé par le besoin de nostalgie. « Tout cela attire les touristes, c’est une véritable industrie, remarque le professeur Hisham Aidi. Paradoxalement, même l’élite dirigeante marocaine soutient cette vision du pays dépeinte par Bowles. »
Décoloniser l’image de leur ville
Depuis quelques années, des artistes tangérois font de la résistance. Comme Zoubeir Ben Bouchta, qui a fondé l’espace culturel et artistique Riad Sultan, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir décoloniser l’image de leur ville et donner un nouveau souffle à la culture tangéroise. Tout juste aménagé dans une ancienne demeure de la kasbah adossée au célèbre hôtel Nord Pinus, ce lieu de 450 mètres carrés devrait bientôt accueillir une jeunesse impatiente de déconstruire le mythe de leur cité.
« La Beat generation s’est approprié l’histoire de Tanger, qui est en réalité beaucoup plus riche et variée que ce qu’une poignée d’écrivains américains a raconté. » Hicham Bouzid, directeur artistique
Consacré principalement au théâtre, l’espace prévoit des ateliers thématiques, une théâtrothèque et une salle de spectacle amovible pouvant accueillir plus de 130 personnes. « Notre ville a besoin de lieux culturels contemporains permettant à la jeunesse de s’exprimer, de stimuler sa créativité et surtout de s’approprier une culture qui est la sienne », défend l’audacieux quinquagénaire.
« Cette histoire ne nous parle pas, lance Hicham Bouzid, dans son atelier situé à quelques minutes de là, derrière la place du Grand Socco. Les Marocains ont été écartés de l’héritage de la ville, voire manipulés. La Beat generation s’est approprié l’histoire de Tanger, qui est en réalité beaucoup plus riche et variée que ce qu’une poignée d’écrivains américains a raconté. » Le directeur artistique de 29 ans, grand et costaud, barbe de hipster bien taillée et tenue décontractée, a cofondé en 2016 la plate-forme culturelle Think Tanger, qui explore les enjeux sociaux et spatiaux de la ville. Historiquement rebelle, Tanger a longtemps été délaissée par le roi Hassan II avant d’être modernisée par son fils et successeur, Mohammed VI, qui a engagé des investissements colossaux ces vingt dernières années.
Jack Kerouac sur une photo prise et annotée par Allen Ginsberg. L’auteur de « Sur la route » tient dans ses bras le chat de William Burroughs, à Tanger, en 1957. ALLEN GINSBERG/CORBIS VIA GETTY IMAGES
Avec son équipe de huit personnes, Hicham Bouzid organise des ateliers, des résidences d’artistes, crée des podcasts et publie une revue annuelle pour comprendre et analyser avec les habitants cette urbanisation à grande vitesse. « Je me suis aperçu que les projets culturels n’étaient pas portés par des Tangérois, il fallait changer cela. Il y a quelques années encore, il n’y avait rien, à part la cinémathèque. » Autrefois appelé le Cinéma Rif, cet espace, rénové en 2007 et destiné à promouvoir le cinéma d’auteur auprès des Marocains, fait partie des endroits qui insufflent un nouveau dynamisme culturel dans la ville.
Un peu plus loin, dans une rue piétonnière offrant une vue spectaculaire sur le détroit de Gibraltar, la librairie Les Insolites, créée en 2009, a aussi participé à faire émerger cette jeune scène avide de dépoussiérer le mythe. Dans ce lieu qu’elle qualifie de laboratoire culturel, sa créatrice, Stéphanie Gaou, organise des expositions où se sont fait connaître des photographes tangérois. « Je ne suis peut-être pas Marocaine, mais j’ai la nationalité tangéroise, plaisante cette Française aux origines maghrébines, qui s’attache à faire vivre la nouvelle Movida tangéroise. C’est étrange, cette nostalgie de Tanger, elle lui colle à la peau. Ici, il y a quelque chose de nouveau qui se passe, une jeunesse qui s’affirme. »
Mi-homme d’affaires, mi-jet-setteur
Ainsi, le mythe n’est plus. Mais Tanger s’est réveillée, elle a retrouvé un peu de sa folie. « Qui a dit qu’elle l’avait perdu ? », s’indigne, presque vexé, l’homme de 65 ans qui reçoit dans le patio frais et lumineux de sa somptueuse villa. Perchée sur une montagne, elle fait face à la mer, où se rencontrent l’Atlantique et la Méditerranée. « Tanger est comme un personnage de roman. Il faut lire entre les lignes pour qu’elle dévoile ses secrets », ajoute-t-il sur un ton plus calme.
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Mi-homme d’affaires, mi-jet-setteur, cette figure de la nuit tangéroise, sportif, un poil excentrique et bien introduit, a préféré garder l’anonymat. Trop de trafiquants de drogue ont fréquenté son somptueux jardin de plusieurs hectares, qui a vu passer de célèbres artistes du monde entier. Trop de hauts gradés ont participé à ses soirées sulfureuses et débridées. « Tanger a toujours été le lieu de tous les possibles et cela n’a jamais changé », souffle cet amoureux de sa ville natale.
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On grimpe les interminables marches qui mènent au point culminant de son incroyable demeure. La vue sur la mer est saisissante. Au loin se dessinent distinctement les côtes espagnoles. Bien après le départ des écrivains américains, les étrangers ont continué à venir à la découverte des mystères de Tanger. Des personnalités de la jet-set européenne et américaine y conservent des résidences secondaires luxueuses. Même passé le couvre-feu de 21 heures dû à la pandémie de Covid-19, des soirées clandestines continuent de rassembler toutes sortes d’oiseaux de nuit.
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« Tanger n’a pas eu besoin de la Beat generation pour attirer les téméraires en quête d’aventures. C’est un port entre deux continents, où la drogue coule à flots », assure ce personnage haut en couleur. En redescendant flottent soudain des effluves de cannabis, plus forts que ceux sentis au Café Baba. L’homme se faufile au milieu de la végétation luxuriante et dévoile les longs plants de cannabis qui bordent une petite allée. Il éclate de rire, avant de lâcher : « Ça, c’est le vrai Tanger ! »
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Les trois scénarios de fin de la pandémie <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/09/28/1/290/1619/1079/360/0/95/0/869fee8_55273669-thumbnail-ikea-huit-copie.png 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/09/28/1/290/1619/1079/180/0/95/0/869fee8_55273669-thumbnail-ikea-huit-copie.png" alt=""> 08:33 Médias « Un Européen sur dix conçu dans un lit Ikea » : aux sources d’une « information » fréquemment relayée <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2020/09/08/0/261/1594/1063/360/0/95/0/6c16a32_548048022-vignettenue.png 2x" src="https://img.lemde.fr/2020/09/08/0/261/1594/1063/180/0/95/0/6c16a32_548048022-vignettenue.png" alt=""> 08:46 Culture Pourquoi les musiques de James Bond se ressemblent-elles autant ? OpinionsEditoriauxChroniquesAnalysesTribunesVie des idées <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/10/05/0/0/5290/3527/360/0/95/0/1493c86_963084389-sages-femmes-maternite-nancy-025.JPG 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/10/05/0/0/5290/3527/180/0/95/0/1493c86_963084389-sages-femmes-maternite-nancy-025.JPG" alt="Une sage femme s'occupe d'un nouveau-né, lors d'une nuit à la marternité de Nancy, le 2 octobre 2021."> Tribune Article réservé à nos abonnés « Les enfants comme les personnes âgées sont des patients vulnérables » Collectif <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/10/16/0/0/3600/2400/360/0/95/0/ce53ae8_92661597-macron-pont-de-bezons-09.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/10/16/0/0/3600/2400/180/0/95/0/ce53ae8_92661597-macron-pont-de-bezons-09.jpg" alt=""> Tribune Article réservé à nos abonnés Rachid Benzine : « Les hommages à Samuel Paty et aux manifestants algériens ne sauraient masquer le malaise et la paralysie de nos institutions » Rachid Benzine Islamologue et romancier <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/06/12/0/179/1345/897/360/0/95/0/a971ea9_alg03-algeria-election-0612-11.JPG 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/06/12/0/179/1345/897/180/0/95/0/a971ea9_alg03-algeria-election-0612-11.JPG" alt="Le président algérien Abdelmadjid Tebboune, à Bouchaoui, en Algérie, le 12 juin 2021."> Tribune Article réservé à nos abonnés « En Algérie, la polémique mémorielle cherche à masquer l’isolement et la fragilité d’un régime » Ali Bensaad Professeur de géopolitique <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/10/15/0/0/4030/2686/360/0/95/0/26d1928_5826871-01-06.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/10/15/0/0/4030/2686/180/0/95/0/26d1928_5826871-01-06.jpg" alt="A Lyon, le 15 octobre."> Éditorial L’éducation, otage de la campagne présidentielle CultureCinémaTélévisionLivresMusiquesArtsScènes <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/10/11/0/0/2744/1825/360/0/95/0/f2ef7ac_28483a46f7ff4706bc4ea35034313307-28483a46f7ff4706bc4ea35034313307-0.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/10/11/0/0/2744/1825/180/0/95/0/f2ef7ac_28483a46f7ff4706bc4ea35034313307-28483a46f7ff4706bc4ea35034313307-0.jpg" alt="Jamie Lee Curtis (gauche) et Judy Greer dans « Halloween Kills », de David Gordon Green."> Culture Article réservé à nos abonnés « Halloween Kills » : une surenchère de violence <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/10/15/0/3/4803/3202/360/0/95/0/7dbe270_5830957-01-06.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/10/15/0/3/4803/3202/180/0/95/0/7dbe270_5830957-01-06.jpg" alt="Jorge Diaz, Antonio Mercero et Agustin Martinez reçoivent le prix Planeta des mains du couple royal, à Barcelone (Espagne), le 15 octobre 2021."> Culture Carmen Mola, l’autrice qui était trois hommes <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2019/11/28/2/225/2525/1683/360/0/95/0/097f93e_PItbTMTNvwxY_sIJIqVi-Li2.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2019/11/28/2/225/2525/1683/180/0/95/0/097f93e_PItbTMTNvwxY_sIJIqVi-Li2.jpg" alt="Daniel Kaluuya (Chris Washington) dans le film « Get Out », de Jordan Peele."> Culture Article réservé à nos abonnés Soirée Jordan Peele, sur OCS : quand l’horreur se met à penser l’histoire <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2018/03/13/57/0/2000/1333/360/0/95/0/5b70057_7f96b9a867f14e66b7c7cb9d61b2047e-7f96b9a867f14e66b7c7cb9d61b2047e-0.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2018/03/13/57/0/2000/1333/180/0/95/0/5b70057_7f96b9a867f14e66b7c7cb9d61b2047e-7f96b9a867f14e66b7c7cb9d61b2047e-0.jpg" alt="Bertrand Cantat en 2009."> Culture Bertrand Cantat au Théâtre national de la Colline : son directeur Wajdi Mouawad refuse de le déprogrammer M le MagL’actuL’époqueLe styleLe Monde passe à tableVoyageModeLes Recettes du Monde <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/10/12/6/0/1200/798/360/0/95/0/5a6052c_143681-3242397.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/10/12/6/0/1200/798/180/0/95/0/5a6052c_143681-3242397.jpg" alt="Chaise modèle 4875 en plastique ABS jaune, aux quatre pieds démontables, de Carlo Bartoli (1974), éditeur Kartell."> Enquête Article réservé à nos abonnés Le plastique en quête d’avenir <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2020/10/08/0/3254/3150/2098/360/0/95/0/b42e116_716088638-couplehetero01fond.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2020/10/08/0/3254/3150/2098/180/0/95/0/b42e116_716088638-couplehetero01fond.jpg" alt=""> Chronique Article réservé à nos abonnés S’aimer comme on se quitte : « Je suis mis à la porte comme un ado, alors que j’ai 77 ans » Lorraine de Foucher <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/10/14/469/0/1169/775/360/0/95/0/f4945e4_268912125-bouillon-a-la-grecque-pages-to-jpg-0001-1.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/10/14/469/0/1169/775/180/0/95/0/f4945e4_268912125-bouillon-a-la-grecque-pages-to-jpg-0001-1.jpg" alt="De nombreux auteurs offrent une nouvelle jeunesse à la soupe en la réhabilitant dans les rayons « Cuisine » des librairies."> Le Monde passe à table Article réservé à nos abonnés Trois livres de cuisine pour faire le plein de soupes <img width="180" height="120" srcset="https://img.lemde.fr/2021/10/08/0/142/1216/811/360/0/95/0/3decd5f_142635-3242045.jpg 2x" src="https://img.lemde.fr/2021/10/08/0/142/1216/811/180/0/95/0/3decd5f_142635-3242045.jpg" alt="Une scène du film, dont le premier rôle est tenu par Sofia Kappel (la jeune femme blonde), seule actrice non issue du monde du X."> M le mag « Pleasure », les dessous du porno américain Accéder à votre compte abonnéConsulter le Journal du jourÉvènements abonnésLe Monde EvénementsBoutique Le MondeNewslettersMémorable : cultiver votre mémoireAteliers d’écritureGuides d’achatMots Croisés / SudokusJeux-concours 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